Il n’existe sans doute aucun phare comme celui-ci sur la côte atlantique française. Aucun autre n’affiche un damier aussi marqué que « Le Perdrix ». Il se dresse comme un simple feu à l’entrée du port de la localité bretonne de Loctudy.
En 1889, on installa d’abord un mât équipé d’un feu servant de guide vers le port protecteur pour les bateaux de pêche. Il resta en service jusqu’en 1918. Ce n’est qu’ensuite que le phare, en tant que construction, entra véritablement en fonction. Depuis lors, il indique la route vers le port.
Son apparence actuelle, si caractéristique, sous la forme d’un damier noir, rouge et blanc, date de 1947. Ce choix fit de lui un phare unique en son genre en Bretagne. Avec une hauteur de seulement 18 mètres, il compte toutefois parmi les plus petits phares de la région.
Mais pourquoi cette peinture si singulière ? C’est la question que se posait la journaliste Marie Durand. Depuis qu’elle menait des recherches sur les phares de Bretagne, elle n’avait encore jamais rien vu de semblable.
La réponse serait liée aux pêcheurs de la côte. Ceux-ci avaient constaté que, la nuit, dans l’obscurité, les couleurs disparaissent. Or il fallait pouvoir entrer et sortir du port en toute sécurité. Le contraste entre le noir et le blanc se révélait tout simplement plus lisible pour les marins que celui entre le rouge et le blanc, pourtant habituel. C’est pourquoi les éléments rouges du phare, du côté de la mer, furent repeints en noir. Ainsi naquit le motif en damier.
Mais comment les Bretons en étaient-ils venus à baptiser un phare aussi connu du nom de « Tour de la Perdrix » ? Une autre question pour Marie Durand. On aurait tout aussi bien pu l’appeler, de manière plus descriptive, « la tour en damier ». Ce nom aurait même été plus approprié, selon elle. Mais Marie, journaliste moderne, ne pouvait évidemment pas trancher ainsi. Elle poursuivit donc ses recherches — et trouva une piste.
Il se cacherait derrière le nom du phare un mythe grec : la légende de Perdix. Ce rapprochement avec le nom « Perdrix » semblait presque évident. Les deux appellations devaient être apparentées d’une manière ou d’une autre. Rien de surprenant en soi.
Mais que racontait réellement la légende grecque de Perdix ? Qui était Perdix ? Marie laissa les événements se dérouler devant son regard intérieur, à partir de ce qu’elle avait découvert.
Perdix était un inventeur. Il rendait une fois de plus visite à son oncle de génie, Dédale, lui aussi inventeur. Comme souvent, celui-ci passait des heures, voire des jours ou des semaines, à peaufiner ses dernières créations. Pendant ce temps, son neveu inventa presque par hasard la scie et le compas — et cela en un temps record.
Dédale, furieux et jaloux du génie de son neveu, l’entraîna sur le toit de l’Acropole et le précipita dans ce qu’il croyait être une mort certaine. Puis il s’éloigna, déjà absorbé par son prochain grand projet : les ailes destinées à son fils Icare.
S’il avait su que la déesse Athéna se trouvait au même moment sur les lieux, il aurait sans doute agi autrement. Mais il advint qu’Athéna, pour sauver Perdix de sa chute mortelle, le transforma en perdrix. C’était probablement la seule solution qui lui vint à l’esprit dans l’urgence. La magie divine opéra : Perdix survécut à l’attentat contre sa vie, indemne.
Dédale, quant à lui, s’enfuit de la cité avec son fils Icare et mit son idée de fabriquer des ailes à exécution. La fin de cette aventure pour Icare est bien connue. Fin de la légende.
Icare échoua tragiquement, mais le phare dont le nom remonte sans doute à l’inventeur Perdix est toujours debout.
Et la perdrix, qui donna son nom au phare, traverse ce genre de drames avec une sérénité stoïque. Du moins, c’est ce qu’il semble. Mais pourquoi ? Parce qu’elle peut battre des ailes, certes, mais sans jamais vouloir voler comme Icare. La perdrix reste attachée au sol. Elle se distingue par sa constance. Une fois qu’elle a trouvé son territoire, c’est toujours le sien.
Ne pas chercher à s’élever vers le ciel pour devenir l’égal d’un dieu. Non. Simplement rester fidèle à sa nature et à la réalité. Rester au sol. Et cette attitude s’est révélée, semble-t-il, salutaire pour la longévité. Pour le héros de l’histoire, Perdix — mais aussi pour le phare de Perdrix.
Enfin… pas tout à fait exact. Car le véritable héros de cette histoire reste la perdrix elle-même. Même si elle n’en sait probablement rien.
Peu importe, songea Marie Durand. L’essentiel est que le phare soit toujours là. Et c’est bien cela qui compte. Après tout, le phare de Perdrix est son sujet.
KÉRÉON….PALAST der UNTERWELT
Eine Geschichte von Martin Meinhardt inspiriert von Realität und Fantasie